Littérature francophone

  • Le grand scandale - Hubert GONNET

    Ce roman est une réédition d’un texte paru dans les années 60. L’auteur s’est inspiré d’un fait divers de l’époque pour nous raconter cette histoire morbide. Après avoir mis enceinte une jeune fille, un homme l’a assassinée elle et son enfant (in utero). Le criminel : un curé. A partir de là, tout l’intérêt de l’ouvrage repose sur la forme qu’a souhaité donner l’auteur à son roman : sur la page de gauche sont énoncés les faits, la façon dont les autorités se sont emparées de l’affaire, les protagonistes, l’enquête. Sur la page de droite, en même temps, nous sommes dans la tête du curé et nous suivons donc ce qui vient de se passer sur l’autre page à travers son regard, son ressenti, ses sentiments. Même si la gymnastique peut paraître périlleuse au départ, elle donne tout le sel à cette histoire très classique de crime passionnel. Mais pas que. En effet, c’est à une véritable réflexion que nous pousse la lecture de la page de gauche quant au ressenti de l’homme d’église. Au-delà du crime odieux, ce sont les tourments et les pistes de réflexion que le curé soulève qui donnent à ce roman une portée visionnaire. Il aborde, 60 ans en arrière, des problèmes comportementaux des hommes d’église qui sont toujours tristement d’actualité.


    Une expérience littéraire et une tentative d’expliquer sans pour autant absoudre les crimes commis par des être humains ayant choisi de vouer leur existence à Dieu.


    Editions du Chemin de Fer – 23 euros | Paru le 18 avril 2025

    Lu et conseillé par David

  • Débâcle - Ian Manook

    On attendait avec impatience le nouveau roman de Ian Manook après le magnifique "Ravage" et cette histoire, inscrite une nouvelle fois au coeur d'une nature sauvage et toute-puissante, tient ses promesses.


    En 1991, alors que Boris Eltsine vient de dissoudre l'URSS et le Parti communiste, toute l'organisation du pays vire au chaos : les salaires ne sont plus versés, les roubles ne valent plus rien, trouver du carburant, des médicaments ou des denrées alimentaires relève de la débrouille, du troc, mais aussi de chantages, de prostitution. "Survivre est désormais un miracle." Dans cette ambiance de fin d'un monde, un membre redouté du KGB exige de Piotr qu'il retrouve et se débarrasse d'un ancien prisonnier de goulag qui vit désormais loin de tout en Sibérie. Le prix de ce marché : une place à l'hôpital pour sa mère malade et l'assurance qu'on s'occupera bien d'elle.


    L'expédition n'est pas une simple excursion : la taïga a ses propres lois et celui qui ne les respecte pas ne survit pas 24h dans ce qui ressemble à un enfer. Pourtant, des gens habitent cette nature à la fois magnifique et mortelle, des gens comme Liouba qui y est née et sait lire les signes avant-coureurs d'un drame, devine le comportement des animaux et trouve ce qu'il faut pour se nourrir, se soigner, se protéger. Mais Piotr réussira-t-il à suivre le rythme imposé par la jeune femme, à lui faire confiance alors que tout ce que sa conscience de citadin lui dicte, semble aller à l'encontre des conseils donnés?


    L'expérience d'une femme contre la fierté d'un homme. Au coeur de paysages magnifiques, d'une nature dans laquelle l'homme n'est qu'une proie comme les autres ou presque, l'auteur nous entraîne dans une course poursuite haletante : préparez-vous, il n'y aura pas de répit!


    Paulsen - 19,90 euros | Paru le 20 mars 2025

    Lu et conseillé par Valérie

  • Brûler debout – Mathieu BLAIS

    Dans une concession de compagnie forestière canadienne, les journées de travail sont dures et harassantes. Cinq camarades, dont le narrateur et une jeune fille particulièrement charismatique prénommée « La mélisse », résistent vaille que vaille et doivent composer avec un contremaître au comportement plus que limite. 


    Un jour, ce dernier va être rattrapé pour toute son œuvre et les cinq travailleurs vont être poussés sur la route. Ils vont découvrir l’ivresse de la liberté et devenir dès lors une horde de desperados, semant désolation et violence tout au long de leur chemin. Peut on définir une philosophie ou dessein à cette course en avant ? Peut être seulement celui de la destruction pour la destruction avec un sentiment de liberté comme moteur ?


    L’auteur canadien Mathieu Blais utilise bon nombre de mots et expressions de son Québec natal (avec un glossaire en fin d’ouvrage pour ne pas étouffer son roman de notes de bas de page qui viendraient casser le rythme de lecture) pour décrire cette course sans but apparent d’un groupe de jeunes paumés, écorchés, désabusés, ne supportant plus l’autorité ou la contrainte. La morale n’est peut-être pas la plus belle mais c’est en tout cas celle qu’ils ont choisi. Et c’est avant tout le style qui vient donner une réelle plus-value au roman, tant les termes nord-américains et canadiens viennent favoriser le sentiment d’immersion dans cette cavale folle, farouche et nerveuse


    Une pitoune, des goons, en guerre contre les beuks et qui préfèrent tout crisser plutôt que s’effoirer… 


    Denoël – 20 euros | Paru le 19 mars 2025

    Lu et conseillé par David


  • L'heure des garçons - Andres BURNIER

    C'est l'histoire de Simone, adolescente intrépide qui préférerait mille fois être un garçon. Ce pourrait être une histoire d'aujourd'hui, pleine d'interrogations sur l'identité, sur les tourments d'un jeune corps qui cherche dans ses premiers désirs, quelle tournure donner à sa vie.


    Mais cette histoire se déroule pendant la Seconde guerre mondiale et Simone est juive. Accueillie de famille en famille pour échapper à la déportation pendant l'occupation allemande de la Hollande, elle imagine un monde dans lequel les filles auront enfin le droit de faire ce qu'elles veulent.


    En remontant à rebours le fil de cette période de survie, de 1945 à 1940, l'autrice (1931-2002) elle-même enfant cachée pendant l'occupation nazie des Pays Bas, nous offre un roman étonnant, d'une vitalité contagieuse et d'un humour teinté de provocation. Une écriture à découvrir d'urgence : c'est le premier roman traduit en français d'Andreas Burnier, poétesse, criminologue, romancière, essayiste néerlandaise.


    Éditions du Typhon - 20 euros | Paru le 14 mai 2025

    Lu et conseillé par Valérie

  • Belle journée pour mourir – Laurent GRAFF

    Jacques, le narrateur, est persuadé d’une chose : il va être abattu. Il ne sait pas par qui, quand ni où mais il le sait. Il se sent observé, épié, et à chaque minute, il s’attend à ce que sa vie s’arrête aussi catégoriquement que la trajectoire d’une balle qui viendrait le faucher. D’où pourrait venir le tir ? d’en face de chez lui par exemple, sur un promontoire pour la chasse qui se trouve dans l’axe de la fenêtre de son bureau ? Jacques est donc dans l’attente permanente d’une chose qui lui semble inéluctable et c’est donc son quotidien, et un retour sur son passé qu’il nous expose au fil des 107 pages de ce court roman. Mais au fil de ces pages, nous sommes obligés de nous y résoudre : Jacques est peut-être entrain de nous raconter une histoire, son histoire, qui ne serait qu’un leurre…alors, va-t-on assister à la mort de Jacques en plus ou moins direct ou cette belle journée pour mourir va-t-elle s’avérer plus compliquée ?


    Un roman « classique » de la maison d’édition indépendante « Le Dilettante » qui sait toujours trouver des textes dont l’originalité est la marque de fabrique. Une histoire plaisante, distrayante, bien menée avec cette épée de Damoclès qui pèse sur la tête de Jacques et dont la construction et la conclusion maligne en font un titre rafraichissant et malicieux.


    Le Dilettante – 14 euros | Paru le 7 mai 2025

    Lu et conseillé par David

  • Le film du peuple - Christel PÉRISSÉ-NASR

    Fin du XIXÈME siècle. Fanette, jeune fille sérieuse et ambitieuse comme on peut l'être quand on sort ses sabots de la bouse des vaches pour être placée dans un château de campagne comme bonne, se trouve enceinte. Fille-mère. Honteuse. Silencieuse. Elle revient au village alourdie d'une petite Cécile, d'une bâtarde. Le déshonneur est tel qu'il se propage de génération en génération fondant un mythe familial ancré dans l'inconscient : la pensée que Cécile pourrait bien être d'ascendance aristocratique. Cette pensée magique va pousser chaque maillon de la descendance à viser l'excellence dans le but de s'extraire de sa classe d'origine et de monter les échelons de la réussite. Le film du peuple, ce sont tous ces récits dont les familles héritent,  ces histoires plus ou moins cachées, ces murmures qui atteignent les oreilles des enfants, ces sacrifices acceptés en regard d'un avenir à conquérir, d'un embourgeoisement revanchard. Tout cela raconté avec une écriture précise comme le script d'un film qui zoomerait sur les personnages d'une famille, qui, en devenant transfuges de classe, colorent en bleu les racines de leur arbre généalogique.


    Les éditions du Sonneur - 15 euros | Paru le 13 mars 2025

    Lu et conseillé par Valérie


Littérature étrangère

  • Des fleurs pour Algernon - Daniel KEYES

    La science est formelle : l'humain augmenté est désormais possible. Imaginez pouvoir décupler vos facultés cognitives en clinique... Le feriez-vous ? Et si cela faisait de vous la plus célèbre des souris de laboratoire ?


    Charlie Gordon a sauté le pas. Le trentenaire se porte volontaire pour une expérience médicale secrète, visant à guérir son retard mental. À l'instar d'Algernon, souris cobaye, son intelligence se décuple... à une vitesse vertigineuse.


    60 ans nous séparent de la première publication de ce roman, qui résonne toujours autant en nous. Porter Des fleurs pour Algernon permet de se souvenir des liens qui façonnent une vie.


    Entre une espèce de Frankenstein à l'intelligence prodigieuse et Le dernier jour d'un condamné, ce roman bouleverse nos certitudes, dépeignant la cruauté comme la beauté des relations sociales.


    J'ai Lu - 6.90 euros

    Traduit de l'anglais (États-Unis) | Édition augmentée parue le 25 août 2012


    Lu et conseillé par Léna

  • Les Sirènes - Emilia HART

    Australie, 2019. Lucy, étudiante en journalisme, n'a qu'un endroit où se réfugier quand elle se retrouve victime puis coupable d'évènements violents sur le campus de l'université: elle va se rendre chez sa soeur, elle seule pourra l'aider et la comprendre. Jess vit au bord de l'océan dans une maison délabrée qui semble convenir à son âme d'artiste. Mais quand Lucy arrive, Jess semble s'être volatilisée.Que se passe-t-il dans cette ville? Depuis des années, des hommes disparaissent mystérieusement, un bébé a été trouvé dans une grotte. Il paraît que des voix féminines chantent quand les vagues s'écrasent contre la falaise.


    Lucy va devoir faire confiance à son instinct et à ses rêves, apprendre à écouter les échos du passé d'un pays colonisé dans la violence.


    Irlande, 1800. Un bateau, chargé de 80 prisonnières, part pour l'Australie et ses bagnes; à son bord, Mary et Eliza, deux soeurs condamnées pour avoir blessé un homme.


    Deux époques, quatre femmes liées par le sang et par un secret, un roman d'une folle inventivité qui vous envoûte dès les premières pages.


    Les Escales - 9.90 euros 

    Traduit de l'anglais (Australie) | Format poche paru le 16 avril 2026


    Lu et conseillé par Valérie

  • La sorcière à la jambe d'os - Želimir PERIŠ

    Voilà un livre hors normes, tant par sa forme que par les thèmes abordés: roman picaresque qui met en scène Gila, guérisseuse donc sorcière, donc coupable et qu'on va suivre tout au long de sa vie qui, vous vous en doutez, n'est pas un long fleuve tranquille. Dans l'empire austro-hongrois, dans les montagnes de la Dalmatie, une région de superstitions et de folklore soumise aux invasions, au banditisme et aux changements politiques, Gila fait le choix de la liberté. Elle sera mise à l'écart, jugée, poursuivie mais elle refusera de se laisser dicter sa conduite ou imposer un destin au nom de la bienséance ou de l'obéissance aux lois des hommes.


    Rapport d'inquisition, pièce de théâtre, interrogatoire et déposition, recette de remède, inventaire de botanique et même livre dont vous êtes le héros, chaque page est une nouvelle surprise, une nouvelle aventure. L'humour et l'ironie permettent à l'auteur de tracer un magnifique portrait : Gila incarne toutes les femmes qui, de tout temps, luttent pour leur liberté et leur dignité.


    L'auteur dépose peu à peu les pièces du puzzle et nous dévoile lentement, très lentement l'histoire de cette magnifique sorcière: pas de répit cependant dans ce tourbillon et chaque épisode nous rapproche de la vérité. Une expérience de lecture surprenante, un roman inoubliable!


    Éditions du Sonneur - 27.50 euros

    Traduit du croate | Paru le 17 avril 2025


    Lu et conseillé par Valérie

  • Le livre des portes - Gareth BROWN

    Quand on aime les livres, on sait qu'ils ouvrent des portes, des portes imaginaires, mais quelle serait votre réaction si un livre ouvrait de véritables portes? S'il pouvait, en le tenant dans une main et en ouvrant n'importe quelle vraie porte (celle de votre cuisine par exemple), vous propulser dans votre restaurant préféré ou dans un café à l'autre bout du monde ? 


    C'est ce qui arrive à Cassie Andrews : un vieux client de la librairie dans laquelle elle travaille, lui fait un jour cadeau d'un livre, "Le Livre des Portes", rempli d'inscriptions et détenant ce pouvoir incroyable de faire voyager dans l'espace mais également dans le temps. Une aubaine pour la jeune femme nostalgique de ses voyages en Europe.


    Mais elle remarque très vite qu'elle et sa meilleure amie, sont suivies : elles vont faire la connaissance de Drummond Fox qui leur apprend qu'il existe d'autres livres aux pouvoirs variés (Chance, Douleur, Illusions). Des pouvoirs qui, s'ils tombent entre de mauvaises mains, pourraient avoir des répercussions terribles. Et, bien sûr, de tels objets attisent les convoitises et les collectionneurs sont prêts à tout pour mettre la main sur de tels ouvrages. Une course contre la montre s'engage pour récupérer le maximum de livres et les placer en sécurité dans une bibliothèque secrète.


    Si le scénario semble au départ un peu facile, l'histoire prend rapidement une tournure plus complexe : quête initiatique, lutte contre les forces du mal et personnages attachants, tous les ingrédients sont réunis pour une lecture addictive.


    Sonatine - 10.90 euros

    Traduit de l'anglais (Écosse) | Format poche paru le 2 avril 2026


    Lu et conseillé par Valérie

  • L’œil de Goliath – Diego MUZZIO

    Le roman débute dans les années 1920, du côté d’Edimbourg, dans une structure de soins psychologiques. Le responsable Pierce, un rescapé de la Grande Guerre dont il est revenu blessé, développe de nouvelles techniques de traitement et s’apprête à accueillir un nouveau patient. Accompagné par un proche, Stevenson, c’est l’ingénieur Bradley qui va lui être confié. Ce dernier vient de connaître une expérience particulièrement éprouvante dans un phare, « L’œil de Goliath » situé à cent quinze milles nautiques à l’est d’Ushuaia, en Argentine. Erigé sur un rocher inhospitalier, Bradley avait été chargé de réaliser un inventaire de l’état de l’édifice après la disparition (supposée ?) de son gardien. A partir de là, c’est par le biais de son journal que Pierce va pouvoir se faire une idée sur ce qu’à du traverser Bradley lors de sa mission. Et à la lecture de ce dernier, nous allons vite découvrir que cette dernière n’a pas été de tout repos. Preuve s’il en est, depuis son retour, Bradley ne peut s’exprimer que d’une seule manière : en mimant la nage…


    L’œil de Goliath est un brillant hommage aux romans à l’ancienne, ceux dans lequel l’atmosphère générale, le cadre, la description des lieux est aussi voire plus importante que les supposées horreurs. Au-delà de l’isolement et de ses effets sur la santé mentale (pour peu qu’il s’accompagne de phénomènes « étranges »), c’est aussi les conséquences de la guerre, aussi bien physiques que psychiques, qui sont évoquées. Et puis il est aussi un personnage primordial dans cette histoire : Le Phare. De sa situation géographique, de par ses « habitants » actuels ou passés, de par son impact sur Bradley, il est à se demander s’il ne serait pas finalement le personnage principal de cette histoire horrifique !


    L’auteur argentin Diego Muzzio rend donc hommage aux grands auteurs du genre (Lovecraft ou Stevenson), en faisant naviguer habilement son histoire dans les domaines mystérieux du fantastique, de la métaphysique et surtout du psychologique.


    Phébus – 9.20 euros

    Traduit de l'espagnol (Argentine) | Format poche paru le 12 mars 2026


    Lu et conseillé par David



  • Seules dans le Grand Nord – Velma WALLIS

    L’histoire imaginée par Velma Wallis est directement issue des nombreuses soirées passées avec sa mère, à aborder les légendes et faits héroïques de ses ancêtres. En effet, l’autrice est une descendante des tribus athabaskanes, un peuple nomade vivant dans la région de Fort Yukon en Alaska. A une époque qui n’est pas précisée, une de ces tribus rencontre les pires difficultés pour survivre. La communauté toute entière étant en danger de mort, le chef doit se résoudre au pire : abandonner les plus faibles et moins utiles pour tenter de sauver les autres membres. Au sein du groupe, ce sont donc deux femmes, ayant dépassé les 70 ans, qui vont être les victimes de ce choix arbitraire. Sa’ et Ch’idzigyaak, les deux malheureuses désignées, resteront lors du prochain déplacement, abandonnées même par leurs propres familles. Autant dire que leur avenir s’assombrit fortement et elles ne pourront compter que sur leur précieuse et inestimable expérience pour tenter de survivre. Et ce malgré le poids des années et des conditions météorologiques cauchemardesques.


    Voici un récit d’aventure du Grand Nord des plus classique, dans la lignée des œuvres de Jack London. La nature, sa rudesse, sa cruauté y sont décrits de manière implacable et ce n’est pas l’Homme qui mène la danse. C’est aussi l’histoire d’une amitié forcée, provoquée par les évènements pour ces deux femmes réunis de manière particulière par le destin, qui devront faire chœur pour trouver le gibier et les abris leur permettant de passer un jour de plus.


    A noter enfin que le roman est entrecoupé d’illustrations du dessinateur français Chabouté (« Musée », « Plus loin qu’ailleurs ») qui accompagne le récit de ses dessins noir et blanc qui se fondent parfaitement dans cette histoire faite d’ombres et de lumière.


    Gallmeister – 14.90 euros

    Traduit de l'anglais (États-Unis) | Paru le 2 avril 2025


    Lu et conseillé par David

  • Le Prince de New York – Robert DALEY

    Le Prince de New York est une histoire de corruption et de rédemption. Mais pas n’importe laquelle : celle qui gangrène la police de New York dans les années 70. Robert Leuci se voit ainsi comme « un prince » de la justice quand, en tant qu’inspecteur plutôt bien considéré par sa hiérarchie, il va accepter le rôle de justicier et faire tomber les pourris qui gravitent autour de lui. Mais pas uniquement les petites mains ; il sera question d’entraîner dans cette chute ceux qui sont aux manettes,  les personnes se trouvant tout en haut de la colonne de décision et qui profitent tout autant du ruissellement que peut entraîner le partage d’un butin de drogue ou les largesses d’un mafieux qui ne veut pas être inquiété, laissant trainer quelques billets au passage. Mais lorsqu’on veut endosser le rôle de chevalier blanc, il faut être soi-même irréprochable. Et est-ce vraiment le cas de l’inspecteur Leuci ?


    Le roman de Robert Daley, tiré d’une histoire vraie, au-delà d’aborder les « magouilles policières », démontre les difficultés psychologiques que Leuci doit surmonter, son rôle de balance le mettant en danger, et insiste sur le sentiment de corps des membres de la police : un coéquipier est sacré et le voir tomber s’avère compliqué. Il se retrouve donc entre le marteau et l’enclume, et au fil de l’enquête, sa propre vie tourne au cauchemar éveillé.


    Un très bon roman noir qui n’a rien à envier à un titre d’Ellroy quant au nombre de personnages (et pour leur noirceur également) et qui voit son intérêt décuplé par son authenticité. A noter que Robert Leuci, celui de chair et de sang, après son passage dans la police, a connu une carrière…d’auteur de romans policiers ! Il y développait les thèmes de la corruption et des violences policières. Comme une façon surement de boucler la boucle…


    Éditions du Typhon – 23 euros

    Traduit de l'anglais (États-Unis) | Paru le 21 mars 2025


    Lu et conseillé par David

  • La pommeraie – Peter HELLER



Policier et Thriller

  • Les aventures de Thomas More. Tome 1 : Les enfants perdus - François SUREAU

    Dans ce premier volume d'une série qui s'annonce passionnante, nous faisons la connaissance de Thomas More, un enquêteur dont la vie est nimbée de mystère. Nous le découvrons en 1870, après la défaite de Sedan, prisonnier dans la presqu'île d'Iges avec tout un bataillon de soldats en déroute. Commissaire impérial de la Sûreté, il est convoqué par le roi de Prusse dans l'entourage duquel un crime a été commis. 


    Accompagné, comme il se doit, d'un "adjoint" et ami, l'intendant Seligmann, il déjoue les ficelles grossières du meurtre pour lequel on les a extirpés du camp de prisonniers, puis au retour, dénoue le mystère d'un assassinat qui aurait pu rester impuni en temps de guerre dans le chaos d'une foule de vaincus désorganisée et affamée.


    Si en chemin, une nouvelle énigme se présente à eux, en l'occurence les incendies de plusieurs églises, l'esprit de déduction de Thomas More se déploie et, malgré les apparences qui pointaient un coupable logique, la résolution de l'affaire démontrera qu'il faut voir au-delà et ne négliger aucun détail.


    Sa mission accomplie,  notre enquêteur rejoint la Grande Chartreuse, lieu pourtant rigoureusement fermé à tout visiteur, ajoutant un parfum de secret à la personnalité de More.


    Si les enquêtes sont, somme toute, assez classiques, l'intérêt de ce roman réside dans le personnage énigmatique de Thomas More et bien entendu dans l'écriture rigoureuse et l'évocation d'une époque par un auteur remarquable.


    La parution des différents tomes sont prévues de manière rapprochée et c'est heureux car on s'attache rapidement aux acteurs de ce feuilleton.


    Gallimard – 19 euros | Paru le 10 avril 2025

    Lu et conseillé par Valérie

  • Piège à loup - Aslak NORE

    Polar historique et roman d'espionnage, Aslak Nore nous offre une histoire maîtrisée de bout en bout et explore les relations, pendant la Seconde Guerre mondiale, entre l'Allemagne nazie et la Norvège. Le norvégien Henry Storm, engagé dans la Waffen-SS sur le front de l'Est en Ukraine, en 1941, regrette son adhésion à un idéal qui lui a fait confronter les pires atrocités. Il rentre blessé à Oslo et tente de rejoindre la résistance pour laquelle la femme qu'il aime s'est engagée après son départ. A partir de là, la valse des espions, la manipulation, les mensonges, les faux semblants, mais également les carrières, les petits profits, tout se mêle à l'histoire en marche et révèle le courage des uns, l'égoïsme des autres. L'enjeu est la tentative de déjouer ou, à tout le moins, de ralentir la conception et l'utilisation d'une nouvelle arme que les allemands développent en secret sur la côte norvégienne: les fusées V2.


    La galerie de personnages est fascinante, l'auteur joue avec nos nerfs et, dans un contexte géopolitique bousculé, nous entraîne dans la complexité des renseignements : espionnage, contre-espionnage, manipulations, agents doubles, alliances variables. On ne peut se fier à personne.


    Roman immersif, inspiré de faits réels, Aslak Nore nous fait explorer les coulisses bien sales du régime nazi et les failles d'un système trop sûr de lui.


    « Dans une guerre, rien n'est aussi efficace que la désinformation et le mensonge ».


    À lire également, sur l'histoire de la Norvège :

    • Le prix de la victoire de Carl Marlantes (après la guerre)
    • Les guerriers de l'hiver d'Olivier Norek (en 1939, guerre contre la Russie)

    Le bruit du monde - 9.90 euros | Format poche paru le 26 mars 2026

    Lu et conseillé par Valérie


Science-fiction et Fantasy

  • Le mensonge suffit – Christopher BOUIX

    Voici un vrai huis clos angoissant : 120 minutes, sous forme de compte à rebours, en tête à tête devant des millions de « métaspectateurices » entre Ethan et une intelligence artificielle et ce dans un seul but : son procès. Pour quelle raison ? Nous l’apprendrons en cours de route, subjugués par la joute oratoire, commentée comme pour un match de foot par une voix off, introduisant régulièrement « une page d’information publicitaire obligatoire et inclusive pour optimiser votre potentiel de développement personnel et influencer votre adhésion écocitoyenne responsable » et dont l’issue sera décidée par l’audience énorme de la rencontre. Alors Ethan parviendra-t-il a prouver son innocence ? et après tout, est-il vraiment innocent ? Un homme fait-il encore le poids face à la machine qui gère son univers ?


    Le mensonge suffit est donc le troisième roman de la série comportant Alfie et Tout est sous contrôle, un monde dans lequel l’auteur interroge sur une société calibrée, objectivée, notée, ou chacun « vaut » quelque chose (et autant dire qu’Ethan en tant que quarantenaire chômeur, dont le couple bat un peu l’aile et à présent « accusé » ne voit pas sa cote très élevée) et qui se retrouve petit à petit submergé par l’IA. Un homme en face à face avec une machine qui contrôle tous les paramètres de la société qui l’a créée, a-t-il encore une chance de pouvoir prouver son innocence 


    Un roman court, intelligent, à l’humour froid et cassant qui se lit d’une traite et qui laisse après lecture quelques sueurs froides quant à notre potentiel avenir… 


    Au Diable Vauvert – 19 euros | Paru le 24 avril 2025

    Lu et conseillé par David


Sciences humaines et sociales

  • Tombé presque par hasard sur l'année 1938, un philosophe inquiet du présent est allé de surprise en surprise. Au-delà de ce qui est bien connu (les accords de Munich et la supposée «faiblesse des démocraties »), il a découvert des faits, mais aussi une langue, une logique et des obsessions étrangement parallèles à ce que nous vivons aujourd'hui. L'abandon de la politique du Front populaire, une demande insatiable d'autorité, les appels de plus en plus incantatoires à la démocratie contre la montée des nationalismes, une immense fatigue à l'égard du droit et de la justice : l'auteur a trouvé dans ce passé une image de notre présent.


    Récidive ne raconte pas l'histoire de l'avant-guerre. Il n'entonne pas non plus le couplet attendu du « retour des années 30 ». Les événements ne se répètent pas, mais il arrive que la manière de les interpréter traverse la différence des temps. En ce sens, les défaites anciennes de la démocratie peuvent nous renseigner sur les nôtres. Récidive est le récit d'un trouble : pourquoi 1938 nous éclaire-t-elle tant sur le présent ?


    PUF - 9 euros | Lu et conseillé par Valérie