Nos (très gros) coups de cœur
Nos coups de cœur
Littérature francophone
Le rocher des proscrits - Salim BACHI

Victor Hugo reste une valeur sûre lors des rentrées littéraires : après "Léonie B" de Sébastien Spitzer, voici "Le rocher des proscrits" qui s'intéresse au moment où l'auteur était "exilé" à Jersey après l'arrivée au pouvoir de Napoléon III.
Plongé dans les remords de la perte de sa fille Léopoldine, flirtant allègrement avec l'occultisme (les séances de spiritismes très à la mode à l'époque faisaient partie de son quotidien), c'est à cette époque qu'il va prendre la défense d'un dénommé Hubert, accusé d'avoir "mouchardé" auprès des autorités et mis à mal les opposants au pouvoir. La vindicte populaire bien entendu prône la peine de mort...
Un roman qui alterne moments intimes et publics de l'auteur, et donne une importance primordiale à Juliette Drouet, qui a tout quitté pour lui et qui vit tout près de la "maison familiale" des Hugo, mais aussi des phases de réflexion ou des inspirations pour ses textes à venir. Nous sommes alors en 1853 et son chef d'oeuvre "Les misérables", par exemple, ne paraitra qu'en 1862.
Un roman historique pour tous les passionnés hugoliens.
Plon - 20 euros | Lu et conseillé par David
Rock$tar - Stéphane VANDERHAEGHE

Justin Ash, la plus grande star du rock de l'époque a disparu. A l'issue d'un concert, tout le monde a perdu sa trace. A-t-il fuit ce monde du showbizz qu'il ne pouvait plus supporter? S'est-il suicidé?
La déflagration est importante dans le milieu musical mais aussi dans la société : Justin Ash était pour beaucoup un exemple, une figure rebelle et surtout un pourvoyeur de musiques et de textes qui restent dans les mémoires.
Autour de lui gravite tout un petit monde qui se prend également en pleine face la disparition supposée de la rock star : certains en souffrent, d'autres bien sur vont en profiter..."show must go "on n'est ce pas ?
Voici un titre rafraichissant sur l'univers musical au milieu de pléthore d'histoires de famille plus ou moins passionnantes, on ne peut ne pas penser à un certain Kurt Cobain quant à l'attitude de Justin Ash ce qui rappelera des souvenirs aux plus anciens jeunes :-)
A noter, pour prolonger l'immersion, qu'une tracklist spéciale et de bonne qualité a été réalisée, accessible par QR code.
Le roman rock de la rentrée !
Quidam Editeur - 22 euros | Lu et conseillé par David
Le livre de Kells - Sorj CHALANDON

Kells, c'est le prénom qu'a choisi Sorj Chalandon au début des années 70 lorsqu'il a décidé de quitter Lyon, sa mère et l'Autre (son père qui fait déjà l'objet de nombreux livres dans sa bibliographie). Il s'agit donc d'un texte profondément autobiographique que l'auteur de "L'enragé" nous propose qui retracera sa vie du début des années 70, ses mois de galères à faire la manche et dormir dans les rues de Paris, la découverte du LSD (le flower power est encore assez prêt pour l'expérimenter) et le tournant de sa vie : sa rencontre avec des maoistes et les luttes qu'il va découvrir. Puis ce sera les début à Libération, une nouvelle ère...
Sorj Chalandon continue de puiser dans sa mémoire et ses histoires de jeunesse tout en faisant coincider ses textes avec ses valeurs de camaraderie, surtout la volonté de se créer une famille qu'il a choisie (bien qu'il mentionne qu'à cette époque, il aurait très bien pu se retrouver dans un tout autre milieu, pour peu qu'il soit accepté par ses membres), avoir un toit et vivre.
Un texte très émouvant, dans lequel on ressent les tourments qu'a traversé l'auteur, que ce soit lorsqu'il était en pleine précarité ou quand il fallait aller faire le coup de poing avec ses copains de lutte.
Grasset - 23 euros | Lu et conseillé par David
Le Bel Obscur - Caroline LAMARCHE ❤️

Ce roman est une autofiction, il y en a beaucoup en cette rentrée littéraire, mais Caroline Lamarche a le talent qu'il faut pour vous emmener loin des sentiers battus et rebattus par le genre. Il en sera question d'ailleurs, du genre dans cette enquête familiale : l'autrice part sur les traces d'un de ses ancêtres, Edmond, le jeune homme figurant en couverture, né en 1834 à Liège, mort à Orléans en 1862.
Les maigres archives (2 photos, une lettre et un brouillon de rédaction) l'amène à des tentatives de déduction ou d'interprétation surprenantes, drôles et même caustiques. Cette recherche qu'elle mène pour comprendre pourquoi Edmond a été effacé de la mémoire familiale l'amène à s'interroger sur sa propre vie. Car ses découvertes vont bousculer l'existence de l'autrice et nous faire découvrir le portrait d'une femme qui bouscule les conventions sociales. Comment se réinventer quand son mari, son premier et grand amour, lui révèle qu'il est homosexuel? Ils ont fondé une famille, vivent dans une maison refuge; sa façon de surmonter, d'aucuns diront contourner voire ignorer, avec tendresse, sans cesser de s'interroger avec une lucidité touchante sur les motivations qui la pousse à préférer une vie de couple hors normes, plutôt qu'une solitude intolérable, est une véritable leçon de courage, de tolérance. Elle raconte sans détour, le bouleversement de leur vie et les péripéties de leur émancipation respective.
Une voix originale, une écriture qui vous happe, un sujet mêlant mémoire, histoire familiale, transmission et récit intime.
Le Seuil - 20 euros | Lu et conseillé par Valérie
Adieu Kolyma - Antoine SENANQUE

Comment revenir à une vie normale lorsqu’on a connu l’enfer ? En Hongrie, dans les années 1950, ils sont nombreux ceux qui ont supporté la rudesse d’une contrée éloignée de tout : la Kolyma, antichambre de l’enfer situé à l’Extrême-Orient russe, servant notamment de camps de travail forcé pour les récalcitrants au programme soviétique. Sylla Bach a grandi dans ce contexte, une orpheline qui a côtoyé et a été pris sous l’aile du clan Vadas, qui l’a protégé enfant. Pour eux, elle est devenue « une tueuse de chienne » c’est-à-dire une porte flingue pour solutionner de manière définitive les problèmes qui pouvaient se poser dans le camp et gêner les affaires. Le temps ayant fait son œuvre, la Kolyma se trouvant à des milliers de kilomètres, Sylla pensait avoir payé son du en effectuant une dernière mission et en se retirant du monde obscur. C’était sans compter avec le conflit entre deux frères du clan Vadas qui a prospéré une fois revenu à la vie civile. La sortie d’un des deux frères de prison n’a provoqué que le retour des ennuis. Sylla a-t-elle encore les ressources pour se jeter dans une bataille dont l’issue ne peut être que fatale ?
Après « Croix de cendre », une fresque historique qui plongeait le lecteur dans les affres de la peste noire au XIVème siècle, Antoine Sénanque va chercher dans les tréfonds de l’ère soviétique des personnages troubles et tourmentés dans une atmosphère que n’aurait pas reniée Soljenitsyne. Il aborde cependant un axe original en ne masquant pas l’enfer que créaient les truands et les malfrats qui faisaient commerce de la corruption et du vice pour se préparer un avenir plus souriant.
Un roman qui évite le côté manichéen, celui présentant les individus dans les camps comme étant seulement des victimes et surtout qui démontre la difficulté à s’extirper d’un milieu qui n’oublie pas ni ne pardonne la volonté de le quitter sans avoir payé son du.
Grasset – 23 euros | Lu et conseillé par David
Zem- Laurent GAUDE

Nous retrouvons dans le nouveau roman de Laurent Gaudé, le personnage de Zem, un ancien flic qui après ses mésaventures dans le précédent titre "Chien 51" , est à présent chargé de la protection d'un important politicien de Magnapole, la ville placée sous un dôme pour protéger ses habitants d'un climat meurtrier.
Un jour, il accompagne le dignitaire au port de la ville pour assister à l'arrivée d'un conteneur dont la cargaison démontre le décalage qui continue d'exister entre les castes de la ville : un iceberg devant servir à proposer des bouteilles d'eau pure pour les nantis pouvant se permettre l'achat de cette denrée exceptionnelle. Mais c'est au moment où la cargaison est débarquée au port qu'un évènement fâcheux, pour les autorités, va se dérouler...
Laurent Gaudé continue son exploration d'un monde privatisé, fractionné, dans lequel malgré la catastrophe écologique en cours,les affaires continuent aux dépens des populations, l'énergie est le fer de lance d'un capitalisme mortifère avec des entreprises privées prêtes à tout pour que leur rentabilité et leur leadership demeurent.
Dans la lignée de Chien 51, un très bon roman d'anticipation et une dystopie crédible qui interpelle.
Actes Sud - 22 euros | Lu et conseillé par David
L'homme sous l'orage - Gaëlle NOHANT

Quel plaisir de retrouver la plume délicate de Gaëlle Nohant dans ce nouveau roman historique. Nous sommes en 1917, la première guerre mondiale s'éternise et, légitimement, les soldats et les civils commencent à se poser des questions. S'il est acquis que l'honneur veut qu'il faille mourir au combat pour que mères et épouses endeuillées s'enorgueillissent du courage de leurs hommes, les désertions se font de plus en plus nombreuses et les familles tentent de cacher ceux qui préfèrent la vie même honteuse au charnier. Et quand un jeune homme se présente, de nuit, aux portes d'une propriété viticole, la maîtresse de maison mariée à un militaire, ne peut concevoir un tel déshonneur et refuse de l'aider. Mais c'est sans compter la curiosité de Rosalie: la jeune fille de la maison s'ennuie terriblement depuis le début de la guerre et commence à se demander qui pourra bien l'épouser quand la paix reviendra mais que si peu d'hommes reviendront d'un front meurtrier. Elle va donc désobéir, mettant toute sa famille en danger d'être dénoncée pour avoir hébergé un déserteur, et cache l'homme mystérieux dans le grenier. Au fil des discussions, ils se découvrent peu à peu; le prisonnier volontaire est peintre, la jeune fille est attirée mais cet amour naissant peut-il avoir un avenir? Né dans le mensonge et la dissimulation, lui se sent coupable d'avoir abandonné ses compagnons d'armes, elle, d'aimer un traitre à la patrie alors que son père et son frère sont au Front?
Ce roman explore le sentiment de loyauté sous toutes ces facettes: loyauté envers sa patrie, sa famille, sa place dans la société mais aussi envers soi-même. Les femmes découvrent leur valeur: elles aussi sont capables de prendre en main leur destin sans attendre le bon vouloir d'un homme, elles soignent, travaillent, s'engagent totalement pour leur pays sans porter d'armes, juste leur courage et leur dévouement. Une belle histoire, touchante et sincère.
Lattès - 21.90 euros | Lu et conseillé par Valérie
Les derniers jours de Harry Yuan - ARBON

Jean Pierre Arbon connait bien le monde de l’édition. Ancien directeur général des éditions Flammarion, il a été un des premiers à envisager l’évolution numérique du monde du livre en créant la première maison d’édition en ligne « 00h00.com ». Comme beaucoup d’entrepreneur du début des années 2000, il a profité de la relative folie de l’époque pour revendre, et plutôt bien, son affaire. Et c’est ici que débute la fiction (enfin peut être…) avec ce personnage d’Harry Yuan, un homme d’affaire chinois qui a racheté 00h00.com et qui a connu une trajectoire peu commune. Milliardaire après avoir révolutionné le monde du magnétoscope (…) il a connu des hauts, nageant dans les grands fonds des affaires mondiales, mais aussi les bas jusqu’au point de disparaitre de la circulation en 2006. Pourquoi ? C’est en partant de ce postulat qu’Arbon a mené son enquête et a fini par être recontacté par Yuan. Retiré sur une ile paradisiaque (n’était-il pas ruiné ?) il est à présent très malade. Il va donc inviter Arbon à lui rendre visite et tout deux vont retracer leurs parcours et l’auteur était bien loin d’imaginer l’ampleur de celui de son hôte…
Un texte qui mélange fiction et réalité et qui aborde de l’intérieur une époque pendant laquelle le numérique était déjà un eldorado, un milieu qui faisait rêver les magnats de la presse, les grands de ce monde, qui découvraient un univers qu’ils ne comprenaient pas vraiment mais qui laissait envisager des perspectives de gain sans commune mesure.
Ce roman se lit comme un polar « économique », avec des personnages dont la férocité et le sens des affaires n’a rien à envier à la motivation et l’entrain des chefs de gangs ou mafieux des polars classiques. Un milieu composé de grands fauves, à l’égo surdimensionné et dotés d’une intelligence pour « sentir les coups » mais aussi pour distribuer les mauvais…
Depuis lors, Arbon dans la vraie vie est donc auteur mais aussi musicien, ayant laissé tomber le monde des requins pour nager dans des eaux moins troubles…sans regret ?
Le Diable Vauvert - 22 euros | Lu et conseillé par David
Perpétuité - Guillaume POIX ❤️

Le milieu carcéral est un monde à part. Dans « Perpétuité », ce sont des moments du quotidien (jour et nuit) que nous allons passer avec le personnel d’une maison d’arrêt du sud de la France. L’ennemie public numéro un va y être transféré et au-delà de l’emballement médiatique, ce sont surtout les surveillants et leurs cadres qui seront au cœur du récit. Des personnes ayant chacun un vécut, un passé, un présent, des petits et grands drames, qui doivent accomplir leur mission : surveiller plutôt que garder des individus que la justice a estimé coupables et de ce fait incapable à plus ou moins long terme de côtoyer la société. Un rythme de vie atypiques aux horaires déstructurés, une kyrielle de procédures et de contraintes qui sont heureusement entrecoupés de moments de décompression tel qu’un repas pris en commun. Mais la réalité de la prison vient vite se rappeler à la fragilité de l’équilibre et il s’en faut peu pour que le stress et le chaos ne reprennent le dessus.
Guillaume Poix fait le choix de s’intéresser au personnel de l’établissement pénitentiaire, assemblant une galerie de personnages variés (le médecin superviseur, le jeune surveillant tout juste rentré, le vieux briscard revenu de tout) dont les fêlures et faiblesses, masquées obligatoirement du fait de leur travail, sont exposées au fil des lignes. Comment maintenir sa propre intégrité mentale lorsqu’on opère dans un univers ou celle des détenus, faute d’accompagnement et de moyens, est de plus en plus altérée ? « Tout le monde crève à petit feu dans l’indifférence générale et personne ne se soucie de leur sort ». Les détenus ou leurs surveillants ?
Un roman coup de poing sur un monde secret, dont on n’entend finalement peu parler et qui stigmatise le mal être de notre société et celui des femmes et hommes qui doivent « surveiller » ceux qui en ont été mis au banc.
Verticales – 22 euros | Lu et conseillé par David
La marchande d'oublies - Pierre JOURDE

Fin XIXème. La France se découvre un engouement pour les spectacles des troupes de clowns acrobates anglais. Ces clowns avaient une particularité : ils étaient délirants, brutaux, funèbres et drôles. Souvent accompagnés d'effets spéciaux assez spectaculaires pour l'époque. Pierre Jourde nous parle d'une de ces formations, les frères Helquin qui ont réellement donné des représentations en France. Les quatre frères et leur jeune soeur ventriloque étaient l'attraction du cirque itinérant qui peut faire penser, par les expositions de personnes dites différentes, aux Freaks américains. Le benjamin, Alastair, était le plus doué mais également le plus téméraire du groupe. Quand il tente un numéro dangereux, la sécurité passait après le sensationnel, le jeune homme se blesse très gravement à la tête. Il perd la raison et la mémoire; on l'enferme dans un asile. La vision de l'accident de son frère est un tel choc pour Thalia, qu'elle tombe dans une sorte de sommeil catatonique. Qu'importe, pour le cirque, elle continuera à rapporter de l'argent, on la présentera comme un phénomène: la belle endormie.
Personne n'a mesuré à quel point la relation fusionnelle d'Alastair avec sa petite soeur ainsi que son obsession de pureté viendrait un jour affleurer à la surface de la conscience de l'homme blessé. Incarnation du mal, il va chercher à retrouver celle qui l'obsède depuis l'enfance.
Entre temps, et en échange d'une compensation financière, Charles, médecin aliéniste, sort Thalia des griffes de ses frères. Il est tombé sous le charme de la belle et prétexte vouloir étudier son cas et tenter de la soigner. Entre 1850 et 1880, la psychiatrie est en plein développement.
Ce roman est spectaculaire tant par l'ampleur et la virtuosité que par l'ambiance à la fois fascinante et révulsante. On devine, dans ce grand tableau, que l'auteur cherche à retracer l'itinéraire d'un génie du mal et nous plonge dans un monde qui nous semble sorti tout droit d'un conte de fées cruel.
Gallimard - 25 euros | Lu et conseillé par Valérie
L'homme qui lisait des livres - Rachid BENZINE

Rachid Benzine est de ces auteurs qui sont capables, en quelques pages, de vous bouleverser. Dans ce court roman, il va nous rappeler à quel point les livres et la littérature sont sources de vie, d'espoir, d'humanité même dans les endroits où l'humanité ne fait plus que survivre. Nous sommes en Palestine, dans la bande de Gaza, dans les pas d'un photographe français en reportage qui au détour d'une rue en ruines, rencontre un vieux libraire. Celui-ci semble attendre, avec ses livres qui sont autant de fragments d'une vie, d'un pays, d'une histoire qui ne demande qu'à être racontée et écoutée pour ne pas oublier. Et c'est une longue histoire de résistance que cet amoureux des mots et des livres va évoquer pour retracer le parcours d'un homme dans un pays occupé: enfant grandi trop vite dans un camp dit provisoire, découverte du théâtre, désillusions politiques, prison et drames personnels jalonnent l'existence de cet homme. Pour lui la littérature n'est pas un échappatoire, elle lui a permis de survivre au chaos, d'être pleinement un humain, acteur de sa vie, transmetteur de textes qui permettent d'organiser le monde par la pensée et de ne pas céder à la tentation de la violence quand celle-ci semble être la seule réponse possible.
On ne peut qu'être bouleversé par les mots de Rachid Benzine, par ces figures qu'il convoque et qui ne baissent pas les bras malgré l'humiliation. L'actualité de cette région ne peut pas laisser indifférent et le regard de l'écrivain en se posant sur des individus qu'il nomme, les sortant ainsi de l'anonymat de la foule ou d'une simple énumération quotidienne d'un nombre de morts, éclaire notre compréhension de ce que peuvent ressentir les hommes et les femmes de Palestine.
Julliard – 18 euros | Lu et conseillé par Valérie
Calamity Jane, un homme comme les autres - Justine NIOGRET

On a beaucoup écrit sur Calamity, beaucoup et souvent mal car le but était d'écrire une légende, de faire d'elle une figure mythique, un emblème de liberté et un faire-valoir de la brutale colonisation de l'Ouest des Etats-Unis. Justine Niogret lui rend sa chair et sa consistance de femme loin du portrait héroïque de l'icône du Far West. Et c'est une toute autre histoire que l'autrice nous raconte : celle d'une enfant malmenée, d'une jeune fille révoltée et d'une femme brisée. La loi de l'Ouest est faite par et pour les hommes, les femmes doivent plier sans piper mot. Quand Calamity choisit un autre chemin, sa vie ne sera plus qu'errance et douleur. Car la fierté de n'avoir pas baissé la tête, d'avoir refusé les assignations dévolues à son sexe, a un prix et il est élevé. La culpabilité, les mensonges, les abandons et la fuite en avant seront le lot du destin de cette femme.
D'une intensité rare, le roman de Justine Niogret est une balade au coeur des hallucinations alcoolisées d'une Calamity Jane aux portes de la mort, entre souvenirs arrangés et mensonges vrais. Un portrait sans concession, brutal et cru, un texte sombre dans lequel les silences hurlent, les carapaces s'effondrent laissant l'âme à nu d'une femme dépassée par sa propre légende. Puissante, envoûtante, l'écriture nous entraîne de l'autre côté du miroir.
Au Diable Vauvert - 19 euros | Lu et conseillé par Valérie
Un livre - Fabrice GAIGNAULT

Arléa - 13 euros
Lu et conseillé par Valérie
Nourrices - Séverine CRESSAN

Séverine Cressan signe un premier roman émouvant sur les femmes à qui on confiait des enfants en bas âge pour qu'elles les allaitent, contre rémunération.
Dans ce roman ni daté ni géographiquement situé, l'autrice met en scène une jeune mère qui, au sevrage de son enfant, décide de devenir nourrice pour une petite de la ville, manière pour elle d'apporter un peu d'argent à la famille. On va alors découvrir le fonctionnement de toute une industrie autour du corps des femmes et de la précieuse denrée qu'est le lait maternel. Car tout une constellation de profiteurs va chercher à s'accaparer tout ou partie de ce commerce lucratif, et on ne dévoilera rien en disant que les hommes se sont empressés de trouver des moyens « d'encadrement » pour ces femmes, mères de substitution que l'histoire a rendu invisibles. Ces femmes seront palpées, évaluées, marchandées comme du bétail. On les oblige parfois à laisser leur propre enfant en nourrice au village pendant qu'elles viennent en ville s'occuper des bébés des dames. Elles n'ont pas le choix non plus : les maris exigent que leurs femmes leur appartiennent et ne s'abaissent pas à allaiter un nourrisson.
Avec ce texte très sensuel et bouleversant, Séverine Cressan révèle les rouages d’un système qui semble aller de soi dans les livres d'histoire mais qui cache tellement de secrets et de drames personnels.
Dalva - 22 euros | Lu et conseillé par Valérie (✿◠‿◠)
Voyage voyage - Victor POUCHET

Il ne sera pas question ici de la cultissime chanson de Desireless mais les références 80's seront nombreuses.
Prêts pour un road trip hors normes, en France, en Renault 21 Nevada? (ça vend du rêve non?). Dans une totale improvisation ou presque, Orso entraîne Marie par un beau matin (pluvieux) sur les routes, direction... autre chose que les larmes et les draps froissés. Suite à un événement douloureux dont vous découvrirez la teneur dans ce roman, le couple n'a, pour commencer ce voyage, que quelques points de chute pour le moins originaux: des musées aux thématiques (en apparence) toutes plus loufoques les unes que les autres. Du musée du Poids au musée de l’Amiante, du musée de la Gendarmerie à celui du Pigeon, en passant par Lourdes, la Moselle et Saint-Tropez, le but est de faire diversion aux pensées tristes. Et ça marche! Dans leurs déambulations hasardeuses, ils croiseront toutes sortes de personnages loufoques et passionnés. Et entre larmes et éclats de rire, l'auteur nous chahute et nous bouscule.
Multipliant les références à la culture pop des années 80 et une bande-son (qui a dit ringarde?) efficace, il nous enjoint à sortir des sentiers battus pour retrouver la joie.
Un joli roman sur l'amour, sur les accidents de la vie et dont la fantaisie et la simplicité met du baume au coeur.
Gallimard, coll. L'arbalète - 20 euros | Lu et conseillé par Valérie
Finistère - Anne BEREST

L'autrice de "La carte postale" qui retraçait le destin de sa famille maternelle, s'intéresse dans ce roman au versant paternel, la lignée des Bérest qui a perdu son accent aigu au fil de l'histoire.
Tout commence en Finistère, à Saint Pol de Léon au début du XXème siècle. Elle rend d'abord hommage aux deux Eugène, père et fils, son arrière-grand-père et son grand-père. Le premier fut à l'origine du premier syndicat rural des agriculteurs du Léon. Il se marie, contre toute attente et surtout en dehors des arrangements habituels qui se pratiquaient dans les villes et villages bretons, avec une orpheline anglaise rencontrée lors d'un voyage dans le cadre de son activité à la coopérative qui occupait tout son temps. A la naissance de son fils, il se voit déjà partager avec lui la direction de cette enteprise de plus en plus importante. Mais Eugène fils suivra une autre voie: celles des études supérieures, à Paris, en prépa littéraire. Sauf qu'en obtenant son bac en 1940, on devine bien qu'étudier sous l'Occupation n'avait rien de simple d'autant plus que le jeune Bérest s'est rapidement rapproché d'un groupe d'étudiants résistants.
Pierre, le père de l'autrice naît en 1950: lui aussi a hérité d'un prénom déjà présent dans l'arbre généalogique. De quels goûts hérite-t-on avec le prénom d'un parents, quelles loyautés s'inscrivent dans les gênes et "ressortent" génération après génération? C'est une des questions qui traversent ce récit, ce roman familial qu'Anne Berest abreuvent de nombreux souvenirs telles une archiviste de la mémoire.
Alternant les chapitres historiques et les moments plus récemment vécus auprès de ses parents, on comprends que l'autrice cherche à se rapprocher d'un père somme toute énigmatique, peu enclin à l'épanchement et de combler les blancs d'une relation incomplète. Ce père, scientifique, toujours perdu dans ses calculs formait avec la mère d'Anne un couple excentrique, "inadapté aux choses simples de la vie quotidienne", peu préoccupés par leurs enfants, les rendant libres dit-elle.
Si le texte se veut personnel et introspectif, il s'insère néanmoins dans une histoire plus vaste, celle du XXème siècle à travers les ramifications d'une famille comme il y en a tant, et dont la portée est universelle: en écrivant l'histoire de son père, c'est sauver sa mémoire de l'oubli.
On ne retrouvera pas la tension tragique de "La carte postale" mais l'émotion et l'écriture subtile et sensible d'Anne Berest fait de Finistère un roman d'une grande délicatesse sur les "mécanismes des destinées".
Albin Michel - 23,90 euros | Lu et conseillé par Valérie
Géographie de l'oubli - Raphaël SIGAL

Pour Raphaël Sigal, il y a eu un moment où l'histoire familiale, ou plutôt les non-dits, les sous-entendus de cette histoire, devaient être écrits. Mais comment s'emparer des bribes intégrés depuis l'enfance, ces petites phrases parfois anecdotiques dont on devine un sens caché, comment restituer sans romancer, départager la vérité de ce qui a été patiemment élaborer afin de rendre cette histoire acceptable?
C'est tout le questionnement de l'auteur qui souhaite raconter la vie de sa grand-mère alors que la maladie d'Alzheimer effritent les souvenirs depuis longtemps enfouis. Le silence, semble-t-il, a permis de reprendre une vie bouleversée par la guerre. Ses grands-parents ont traversé la Shoah et l'auteur s'interroge sur la façon de remonter le fil d'une vie, avant de décider que cet ouvrage ne sera ni une enquête ni un roman : il analyse sa manière d'écrire, s'interdit des questions qui n'ont plus de sens dans le contexte de la maladie. Eviter de se mettre à la place de, éviter les écueils de la romantisation d'une vie saccagée par la violence et plutôt se concentrer sur ce qu'il reste, sur les petits cailloux semés dans sa mémoire d'enfant puis d'adolescent. Et avec les mots écrits par sa grand-mère dans un journal (reproduit en intégralité en fin d'ouvrage), continuer à s'interroger sur le travail de la mémoire qui se trouve être finalement, un travail de l'oubli.
En balayant la littérature des survivants, Raphaël Sigal explore les souvenirs de ceux et celles qui ne veulent pas oublier, il nous pousse à tatonner avec lui dans son travail d'écriture, ses hésitations, ses retours en arrière, ses trouvailles : le mot-valise "Shoalzheimer" ou "comme mémorer". Chaque paragraphe, chaque chapitre est une lutte contre la facilité de dire "je", "donc", "car".
Ce livre n'est pas un témoignage, un énième roman autobiographique sur une expérience vécue de l'horreur, c'est un livre d'amour pour sa grand-mère, qui respecte, jusqu'à la
fin, la boîte de secrets qu'elle avait enfermé dans son coeur: l'auteur ne parlera pas à sa place de ce qu'elle a mis toute une vie à taire.
Robert Laffont – 17 euros | Lu et conseillé par Valérie
Je voulais vivre - Adélaïde de CLERMONT-TONNERRE

Début XVIIème siècle. Par une nuit glaciale, un prêtre découvre à la porte du presbytère, une petite fille de 6 ou 7 ans, vêtements déchirés, ses pieds en sang dans des souliers à boucles d'argent. Elle ne répond pas aux questions du prêtre qui devra se contenter de son prénom: Anne.
Vingt ans plus tard, Anne est devenue Lady Clarick : elle est riche, elle est puissante, elle est reçue aussi bien à la cour d'Angleterre que celle de France et elle a la confiance du personnage le plus important de l'époque, le cardinal de Richelieu, premier ministre de Louis XIII.
Derrière la femme brillante se cache un personnage complexe dont le lecteur aura suivi ses années d'apprentissage et commencer à dessiner les contours d'un caractère plein de vie et de désir de vengeance. Les hommes l'ont traité d'intrigante, d'empoisonneuse, de sorcière.
Et nous la connaissons, enfin nous croyions la connaître: il s'agit de Milady de Winter et c'est l'ennemie jurée des trois mousquetaires d'Alexandre Dumas.
Dans le roman de Dumas, à aucun moment nous n'entendons sa voix, personne ne la défend et l'autrice entend réparer cette injustice, ce personnage de fiction réclame justice.
En effet, est-il "normal" de dire d'une jeune fille d'à peine 15 ans qu'elle a détourné un prêtre adulte du droit chemin? Comment un bourreau, sans jugement, a t-il pu la marquer au fer rouge d'une marque infamante? Et comment dix hommes s'arrogent-ils le droit de la juger alors que deux d'entre eux ont été passionnément amoureux d'elle?
Voici la véritable histoire de Milady, portrait d'une femme dérangeante, qui impose sa volonté par sa présence, ses silences, son regard. Elle est incroyablement attachante.
D'une petite fille traquée portant un effroyable secret, à la jeune fille assoiffée de connaissances, puis la jeune femme aux prises d'un séducteur manipulateur, on découvre une personnalité hors du commun, souhaitant rester libre dans une époque où il est presque impossible de l'être. C'est aussi une mère qui cherche avant tout à défendre les intérêts de son fils.
Milady nous parle des femmes, de la complexité des relations avec les hommes dans un monde, et ce, quelle que soit la période de l'histoire, dans lequel les femmes doivent toujours prouver leur valeur.
C'est un immense plaisir de replonger dans l'univers familier du roman de cape et d'épée. Une réussite de bout en bout pour une réécriture d'un classique qui bouscule les convenances.
Grasset - 24 euros | Lu et conseillé par Valérie
Tant mieux - Amélie NOTHOMB

Pendant la guerre (la 2nde), une petite fille de quatre ans est confiée par ses parents, à sa grand-mère maternelle pendant les vacances d'été. Ils espèrent ainsi que la petite sera plus tranquille en n'étant pas régulièrement obligée de se rendre dans un abri à chaque bombardement. Adrienne se voit donc obligée de quitter son univers et sa grande soeur (qui, elle, sera hébergée chez la douce grandmère paternelle) pour aller à la rencontre d'une femme qu'elle ne connaît et dont elle a l'intuition, au vu du comportement et des rares mots de sa mère, qu'elle n'est pas commode. Aime-t-elle seulement les enfants? La gamine se donne pour mission de se faire accepter, mieux, d'ouvrir le coeur de cette grand-mère acariâtre. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il va falloir toute l'imagination, le courage et l'intelligence d'une petite fille avide de tendresse et curieuse de tout ce qui l'entoure, pour arriver à ses fins.
Amélie Nothomb nous entraîne à nouveau sur les chemins de l'enfance et de ses blessures dans un roman dont le ton peut, au départ, sembler léger mais qui, rapidement, nous touche et nous irrite à la fois. Les adultes ne sont pas tendres, ni compréhensifs avec les enfants: c'est à eux, alors qu'ils parlent à peine, qu'ils n'ont pas les clés, qu'il incombe de deviner, de s'adapter au monde et de trouver, seuls, les réponses à leurs questions les plus capitales. A quel âge apprend-t-on à dissimuler et comment, une fois adulte, peut on oublier la douleur enfantine de ne pas se sentir compris, d'être confronté aux secrets et de perpétuer cette transmission maladroite aux générations suivantes?
A la fin de ce livre, peut-être adopterez-vous le "tant mieux" nothombesque comme une formule, non pas magique, mais d'encouragement à soi-même dans les moments compliqués.
Albin Michel - 19.90 euros | Lu et conseillé par Valérie
Les ombres du monde - Michel BUSSI

En 1994, quand commence le génocide au Rwanda, Michel Bussi vient d'être nommé à l'université de Rouen, maître de conférence en géographie politique.
Faire un roman d'une telle tragédie n'est pas une affaire simple et l'auteur choisit de mêler des personnages de fiction aux faits historiques réels et de plus, il a été sur place, accompagné de Patrick de Saint Exupéry, journaliste, connu pour avoir été le lanceur d'alerte sur la responsabilité de la France dans cette affaire. Ils ont visité les lieux de mémoires, discuté avec des survivants et avec les nouvelles générations.
Le roman se déroule en parallèle sur trois époques: il commence en 1990 avec la rencontre entre Espérance (alors "cataloguée" comme à moitié Tutsi) et Joryk, un soldat français, c'est le personnage un peu naïf qui ne comprend pas ce pays (un peu comme nous en fait).
On sera également projetés en 1994 pendant les jours de massacres des "cancrelats" mais surtout, nous suivrons Maé, en 2024, qui rêve de rencontrer les gorilles et que sa mère, Aline et son grand-père, Joryk, vont accompagner pour un voyage au Rwanda. Trente ans après, est-ce que les braises sont éteintes? Joryk en doute et il remet, au départ du voyage, un carnet à sa petite-fille, un carnet écrit par sa grand-mère, Espérance.
Entre roman historique et polar haletant, Michel Bussi nous propose un roman qui permet de comprendre les enjeux de l'histoire de ce pays, les forces en présence et le langage développé par un groupe de personnes que le pouvoir rend fou. Les messages de la Radio des Collines sont sinistres et c'est une plongée en temps réel dans l'imbroglio d'une affaire d'état.
Une histoire complexe, d'une brutalité crue, des personnages profondément touchants: c'est un roman qu'on ne lâche pas et qui vous fera ressentir tour à tour la peur, la douleur, la méfiance, la colère. Ce n'est pas une leçon d'histoire, c'est de la littérature au service de la vérité.
Presses de la Cité - 23.90 euros | Lu et conseillé par Valérie
La maison vide - Laurent MAUVIGNIER

Cette maison vide, c'est celle de la famille de l'auteur, un logement qui est resté très longtemps abandonné après avoir connu de nombreuses générations, un cerisier et surtout un piano au passé trouble.
L'auteur va ainsi remonter dans le temps et nous raconter les vies ordinaires (mais pas si ordinaires...) de son arrière-arrière grand-mère, son arrière grand-mère et sa grand-mère. Ces dernières, ayant vécu à la fin du 19ème siècle et dans la première moitié du 20ème, ont du subir la volonté de leurs pères, de leurs maris, parce que c'était ainsi que cela fonctionnait, et donc se voir imposer des vies qu'elles n'auront pas choisies. Se rajoutera à cela les deux conflits mondiaux et tous leurs traumatismes.
Un roman familial au long cours, un style remarquable pour essayer de comprendre ce qui a pu provoquer la fin tragique de sa grand-mère puis de son père. Tout cela avec le minimum d'information, les silences ayant souvent pris la place des grandes explications et un roman pour redonner vie à ces personnages, combler les zones d'ombre de leurs vies peut être mais avec en ligne de mire une Histoire familiale pleine de secrets et de douleurs dont on connait l'issue.
Les édition de Minuit - 25 euros | Lu et conseillé par David
Jacky - Anthony PASSERON

Encore une histoire familiale dans cette rentrée littéraire mais vue par un prisme différent : les jeux vidéo!
Anthony Passeron, se sert des consoles de jeux de son enfance pour retracer un chemin de vie qu'il a eu avec son père Jacky. C'est ce dernier qui l'a initié avec l'achat d'une Atari 2600 en 1989 et par la suite ce sont des heures et des heures qu'il a passées avec son frère sur leur Game Boy, leur Super Nintendo, leur Mégadrive.
Au début la figure paternelle était là et puis petit à petit elle s'est éloignée...terminée les parties en famille, Jacky, c'est aussi l'histoire d'une déchéance professionnelle, personnelle, familiale...
Un titre original sur une relation brisée avec un père devenu absent, et les jeux comme Madeleine de Proust pour se remémorer les jours heureux.
Grasset - 19.50 euros | Lu et conseillé par David
La collision - Paul GASNIER

Gallimard - 19 euros
Lu et conseillé par Valérie
Là où naissent les glaces - Jean KRUG

Novembre 1902.
L’Antarctic, une baleinière suédoise commandée par Carl Anton Larsen, navigue en direction de Snow Hill, petite île glacée de la péninsule antarctique. Sa mission ? Récupérer l’équipe du géologue Otto Nordenskjöld, laquelle a réalisé au cours des neuf derniers mois d’hivernage d’importantes observations scientifiques : météorologie, zoologie, glaciologie, cartographie, etc. Mais au bout du monde connu, l’homme n’a pas toujours son mot à dire…
Quand le vent austral transforme la mer en glace, quand la morsure du froid craquèle la coque des navires comme la détermination des hommes, que reste-t-il des espoirs et des rêves ? Quelle lueur pour dissiper la peur et les doutes, si ce n’est la farouche volonté de vivre?
« Toutes ces sensations s’étaient effacées, gommées par les souvenirs indicibles de ces paysages, de ces montagnes, des lueurs bleutées de la nuit, du brouillard diaphane et des flocons soufflés dans le silence nocturne. Tout ce qui réémergeait de son séjour au royaume des morts, c’était l’intensité belle et sinistre de cette tempête, les hurlements du vent sur la baie, la glace disloquée, le contact charnel du soleil sur son dos. »
Argyll - 24.90 euros | Lu et conseillé par Valérie
Littérature étrangère
Le sang des collines - Scott PRESTON

Ce roman se passe en Cumbrie, terre difficile, climat difficile, juste assez habitable pour des troupeaux de moutons habitués à tirer des maigres pâturages le nécessaire pour survivre et faire survivre quelques agriculteurs, bergers de pères en fils. Des hommes aussi rudes que la terre qui les porte. Steve Eliman a tenté un temps de faire sa vie ailleurs en tant que chauffeur routier, une façon de fuir sans cesse et d'imaginer un jour s'établir dans un coin plus accueillant de l'Angleterre. Mais quand son père se fend d'un appel, c'est que la situation est grave: une épidémie de fièvre aphteuse s'est déclarée et les éleveurs ont reçu l'ordre de rassembler leurs troupeaux et très vite, les services vétérinaires décrètent que l'abattage systématique sera la seule solution. Steve rentre alors pour assister au désastre sanitaire et à la violence des autorités.
Son voisin, William Herne, propriétaire de nombreuses bêtes, refuse "l'aide" des équipes d'abattage et entreprend de s'occuper lui-même de son troupeau, tentant d'en sauver quelques têtes, histoire de pouvoir redémarrer son activité. Mais cette tentative sera vouée à l'échec.
Sans vraiment se concerter, Steve se met au travail à ses côtés: une relation complexe de respect, de méfiance et de rivalité se noue entre les deux hommes. La perte est tellement importante et la violence de la tuerie tellement frappante, que les hommes en perdent la raison. Comment relever la tête? William entraîne bientôt Steve dans un vaste projet de vol de moutons.
Un roman noir, très noir. Attention, certaines scènes sont particulièrement insupportables quand on aime les animaux mais l'auteur retranscrit de façon magistrale l'ingratitude du travail d'éleveur, les journées harrassantes et la brutalité des hommes qui ont toujours vécu dans ce paysage façonné par la pluie et le vent. On les voit continuellement luttant contre les éléments sans aucune éclaircie à l'horizon.
Si le vol de centaines de moutons semblent un brin rocambolesque, le roman est puissant, les personnages terriblement effrayants par la violence qui les habite, le seul personnage féminin n'apportant aucune douceur dans cette histoire dont on sort quelque peu sonné.
Pour le coup, après cette lecture, à prolonger avec "L'histoire de Mother Naked"* qui se passe également dans le Comté de Durham, on aura guère envie d'aller traîner ses guêtres dans ce coin de l'Angleterre !
Albin Michel - 22.90 euros | Traduit de l'anglais (Angleterre)
Lu et conseillé par Valérie
Le ciel tout entier - Joe WILKINS

Un nouveau roman dans une version "Gallmeister" à l'ancienne : année, 1994, un coin perdu du Montana, René Bouchard, un viel éleveur de mouton qui vient de perdre sa femme et qui n'attend plus grand chose de l'existence. Un jeune, Justin, cheveux blonds, longs, jouant de la guitare, fan de Kurt Cobain, qui vient de fuir de chez son oncle chez qui il était hébergé. Et leur route vont se croiser...
Une histoire déjà vue certes,mais Joe Wilkins parvient à créer une atmosphère particulière, nous sommes bien avec René et Justin, au milieu de nulle part, les animaux, la nature. Et bien entendu le mal et la bêtise humaine qui vont se rappeler à notre bon souvenir.
Cela faisait (trop?) longtemps que Gallmeister n'avait pas proposé un "classique" de natural writing, comme on les aime : simple, efficace et inspiré.
Gallmeister - 25.90 euros | Traduit de l'anglais (États-Unis)
Lu et conseillé par David
Les éléments - John BOYNE ❤️
Dans son nouveau roman, John Boyne convoque les quatre éléments, comme les quatre histoires qui le composent mais qui sont en fait un tout.
Afin de ne pas gâcher l'intérêt de ce titre, nous ne pouvons qu'évoquer le fait qu'un personnage secondaire du premier récit, devient le principal du second et ainsi de suite.
On peut tout de même indiquer que la culpabilité sera le sujet qui survolera de ses ailes sombres les quatre récits.
John Boyne va creuser dans le pire de l'humain pour en faire ressortir tout de même de l'humanité, ses personnages sont à la fois glaçants et terriblement fragiles. Chacun se débat avec ses états d'âme, ses fantômes, ses obsessions, ses drames...certains s'en relèvent, d'autres plongent encore plus profond dans les abysses...
Un roman qui fait réfléchir, en abordant des sujets sensibles et qui se lit d'une traite.
JC Lattes - 23.90 euros | Lu et conseillé par David
James - Percival EVERETT ❤️

Le débat fait souvent rage lorsqu’on parle de récriture ou de réécriture d’une oeuvre. Ici, l’auteur américain Percival Everett met tout le monde d’accord, avec à la clé un Prix Pulitzer pour son appropriation des Aventures de Huckleberry Finn, le roman picaresque de Mark Twain.
Il choisit ainsi Jim, un esclave que Huck retrouve sur une île au début de ses aventures, qui vient de s’enfuir en apprenant que lui et sa famille allait être revendus. Jim va donc essayer tout d’abord de survivre dans un milieu des plus hostiles pour un noir que l’on accuse d’homicide (sur la personne de Huck justement) avant d’espérer pouvoir retrouver sa femme et sa fille.
Percival Everett donne une nouvelle dimension au personnage de Jim en le dotant d’une solide érudition après avoir lu de nombreux ouvrages dans la bibliothèque de ses maîtres. Il doit cependant faire attention en « donnant à ses interlocuteurs blancs ce qu’ils attendent » à savoir un phrasé laborieux pour ne pas attiser les soupçons. Jim, tout comme Huck, va donc connaître de nombreuses aventures, tout autant périlleuses, pendant lesquels il se fera de nouveaux amis mais aussi d’odieux ennemis…
Percival Everett nous offre donc un personnage de Jim beaucoup plus complexe que dans la version originale, un être « libéré », doté d’un libre arbitre et qui doit composer, y compris avec Huck, pour ne pas échouer dans sa quête de liberté pour lui et les siens.
L’auteur inscrit son récit dans cette période de l’histoire américaine qui débute juste sa guerre de sécession et pendant laquelle le statut des Noirs est en plein chamboulement. Nous allons donc passer de nombreux moments exaltants, parfois doux, souvent durs, avec Jim sur les berges du Mississippi…
Editions de L’Olivier – 23.50 euros | Traduit de l'anglais (États-Unis)
Lu et conseillé par Valérie et David
Les étoiles errantes - Tommy ORANGE

Voici le nouveau roman de Tommy Orange qui après « Ici n’est plus ici », dans lequel l’auteur, lui-même descendant d’une tribu Cheyenne, nous replonge dans ses origines. En effet, dans son nouveau roman, il opère un trait d’union entre le passé et le présent, faisant débuter son roman dans les années 1920 dans un pensionnat comme il en existait beaucoup : ces tristes lieux avaient pour mission d’effacer par tous les moyens (violence, humiliation, brimades) les racines et traits distinctifs de ses pensionnaires. Véritable assimilation forcée, tout était fait pour « tuer l’indien pour sauver l’homme ». Bien entendu, la première étape passait souvent par l’annihilation du langage, les mots pour éradiquer la culture.
Depuis, le temps a passé et pourtant les effets de cette destruction massive a impacté plusieurs générations. Nous allons donc croiser la route de descendants toujours à la marge, invisibilisés et ayant le plus souvent de sévères problèmes d’addiction.
Le roman peut être lu comme une saga familiale (un arbre généalogique au début de l’ouvrage vient nous rappeler les ramifications que nous suivons au fil des pages) où après le traumatisme originel, les épreuves s’enchainent pour des individus perdus ou reproduisant des schémas destructeurs.
Et pourtant, il existe peut-être encore un espoir de « retrouver le chemin de la vie ».
« Les étoiles errantes » s’inscrit donc dans la lignée de l’œuvre de Louise Erdrich, un livre qui nous ouvre les yeux quant aux atrocités perpétrées par l’homme blanc en quête d’hégémonie au dépend d’une nation cheyenne que Tommy Orange souhaite réhabiliter, sans pour autant gommer ses imperfections et ses côtés sombres.
Albin Michel – 22.90 euros - Traduit de l'anglais (États-Unis)
Lu et conseillé par David
Trois enterrements - Anders LUSTGARTEN ❤️

Ce roman polyphonique pourrait tomber dans le tragique et la désillusion de par le thème abordé, la brutalité des politiques migratoires mais Anders Lustgarten, trouve une justesse de ton et un humour tout en finesse pour raconter cette histoire.
Et cette histoire, c'est d'abord celle d'Omar qui s'élance plein d'espoir sur un bateau, avec quelques compagnons d'infortune, en direction de l'Angleterre où l'attend Asha, son amour, avec laquelle il rêve de vivre enfin correctement, de travailler, de fonder une famille. Son rêve n'atteindra pas son but et c'est son cadavre que Cherry, infirmière en plein questionnement existenciel, va découvrir sur une plage anglaise. Ainsi que la précieuse photo d'Asha que le jeune homme conservait contre son coeur.
Nous sommes également au coeur des pensées d'un policier, Andy, enrôlé dans une milice raciste, qui semble enfin lui offrir une vie, de l'action et la reconnaissance de son chef qui le distingue. Mais était-ce vraiment le rôle qu'il souhaitait?
En alternant les chapitres entre les différents personnages, l'auteur nous bouscule et nous percute : entre actions et propos racistes, tragédies humaines, questionnements maternels et politique migratoire du Royaume Uni, les points de vue s'enchaînent et on est aspiré dans le road-trip qui s'organise tant bien que mal. Cherry trouvera des alliés parfois involontaires dans sa quête contre l'oubli (elle refuse que le corps du jeune homme soit enterré dans une fosse commune) faisant malgré elle le lien avec son fils aîné que son suicide a dévastée. Ce mouvement sera le début d'un raccrochage à la vie et le début d'un nouveau cycle dans lequel sa fille et son mari retrouveront une place.
Alors, quand comme Cherry, nous sommes dotés d'une conscience, que peut-on faire aujourd'hui? C'est la question que nous transmet l'auteur: quand tout changement possible venant d'en haut est exclu, quand le pouvoir n'est que malveillance, que faire? On se replie sur soi? Ou on se met en mouvement en interpellant nos voisins?
On sent dans l'écriture, le dramaturge voire le scénariste qui lance des piques sur une société anglaise qui maltraite les êtres humains et protège les riches.(!)
Il dénonce l'inhumanité des politiques migratoires euopéennes, le racisme endémique dans la police, la casse sociale; c'est donc un livre très politique, urgent, brûlant, radical, mais, de façon surprenante, c'est aussi un roman comique.
Actes Sud - 22,50 euros | Traduit de l'anglais (Angleterre)
Lu et conseillé par Valérie
La colonie - Annika NORLIN

Le retour à la terre, quitter la civilisation, ses réseaux, son actualité, se retirer du monde, un rêve, parfois une chimère mais pour certains une réalité. C’est le cas de cette auto-proclamée « colonie » que va découvrir Emelie, elle-même en quête de retour à l’essentiel après un burn-out destructeur. Dans un premier temps, c’est avec une certaine appréhension qu’elle va découvrir, de très loin, le comportement de ce groupe d’humains qui paraissent bien éloigné du monde réel. Vivant sur un terrain (dont on apprendra au fil de l’histoire l’origine « controversée »), ces individus semblent vivre sereinement, sans hiérarchie, sans règle, une existence des plus tranquille. Mais Emelie va vite découvrir que les apparences sont parfois trompeuses, que certains membres ne sont pas là uniquement pour l’amour des arbres et des baignades en eau vive, que la nature ayant horreur du vide, un ou une cheffe s’est imposée et que derrière les bons sentiments se cache parfois des zones plus opaques, qui plus est par rapport à un jeune homme composant le groupe avec qui elle va nouer des liens particuliers.
Le premier roman de l’autrice suédoise Annika Norlin est construit de manière assez brute, comme la nature dont elle parle, les incartades dans le passé des protagonistes alternant avec le présent et l’irruption d’Emelie dans ce groupe, lui rappelant l’existence d’une « autre vie », venant quelques peu bouleverser son équilibre apparent.
Un roman dans lequel les personnages développent petit à petit une profondeur et dont on a envie de connaître les itinéraires avant d’arriver dans ce coin de Suède isolé, tels des Robinson Crusoé Scandinaves. Un état d’esprit qui sous couvert de choix de vie n’est peut-être que la résultante de trajectoires inéluctables de part leur passé.
La Peuplade – 24 euros | Traduit du suédois
Lu et conseillé par David
Lincoln tragédie - Karen Joy FOWLER ❤️

On ne naît pas assassin, on le devient et souvent, les dysfonctionnements familiaux y sont pour quelque chose!
Quand Junius Brutus Booth arrive dans le Maryland en 1821 et s'installe dans une cabane qui deviendra bientôt une ferme, à quelques kilomètres de Baltimore, il vient de fuir l'Angleterre. Il est pourtant célèbre, c'est un très grand acteur shakespearien, mais il souhaite recommencer une vie d'aventure et de liberté, quittant femme et enfant, en compagnie de sa jeune maîtresse, Mary Ann qui lui donnera 10 enfants illégitimes.
Le succès ne tarde pas à arriver malgré le tempérament violent et imprévisible de Junius, alcoolique de surcroît. Mais son public lui pardonnait tout. Ses enfants seront par contre marqués par ses absences autant que par son autoritarisme et ses décisions arbitraires.
L'autrice va nous faire suivre les différents personnages de cette famille, particulièrement les enfants (les 6 survivants) jusqu'à la mort d'Abraham Lincoln en 1865. Car l'assassin du président est le benjamin de la famille Booth, John Wilkes, qui fut lui aussi un acteur, comparé sans cesse à son frère aîné et surtout à la figure du père emblématique.
Nous les suivons donc au travers des soubresauts de l'histoire des Etats-Unis en particulier de la guerre de Sécession et la façon dont, dans une famille résolument anti-esclavagiste, un des enfants a pu prendre fait et cause pour les états confédérés jusqu'à commettre un meurtre.
Que deviennent les liens d'amour filial et fraternels devant l'absurdité de ce geste?
On devine, à travers les nombreux détails, l'énorme masse d'archives que l'autrice a consulté pour nous offrir cette histoire qu'elle n'a pas voulu centrer sur le personnage de l'assassin (d'autres l'ont déjà fait) mais sur chaque membre de la famille et on sort de cette lecture avec une grande empathie pour chacun d'entre eux. Ils ont grandi et évolué tout en gardant des liens très forts en particulier pour leur mère.
Karen Joy Fowler écrit une histoire qui fait écho à l'élection de Trump, à l'assaut du Capitole et à la dangereuse montée de "la cause perdue" dont les nostalgiques d'un passé sudiste grandiose se repaissent.
Presses de la Cité - 25 euros | Traduit de l'anglais (États-Unis)
Lu et conseillé par Valérie
Polars et thrillers
La mort brutale et admirable de Babs Dionne – Ron CURRIE

Babs Dionne est une dure à cuire. Descendante des colons français installés dans le nord des Etats-Unis et dont le rayonnement culturel et linguistique tombe en décrépitude, elle habite dans le Maine, et plus précisément dans un quartier appelé « Little Canada » où on s’efforce de parler la langue de Molière envers et contre tout.
C’est elle Babs qui est à la tête d’un trafic de drogue, bénéficiant des largesses de la police locale, trafic qui permet à bon nombre de ses amis de maintenir un train de vie qui ne serait plus envisageable sans cela. Au difficultés et tensions du quotidien, viennent s’ajouter une situation familiale compliquée. Son fils Jean est mort après s’être enrôlé au lendemain du 11 septembre 2001 dans l’armée. Sa fille Lorie, qui elle aussi est passée dans l’armée, est revenue frappée d’un stress post traumatique qui lui fait voir les morts et l’a laissé dépendante et sous le joug d’une addiction qu’elle a bien du mal à réguler. Sa troisième fille Sis a un fils et une famille mais son mari s’avère violent et elle aussi ne crache pas sur les produits prohibés. Menant une vie dissolue, elle vient juste de disparaitre de la circulation au moment ou le roman débute. Et pour couronner le tout, un étrange homme, venant du Canada, vient de débouler sur ses terres sur fond de conquête de territoire. Cela fait beaucoup, même pour une matriarche redoutablement implacable…
Un roman policier détonnant, avec des personnages « Bad Ass » à souhait ! On suit avec sidération le parcours de cette famille infernale, cette communauté qui se refuse à disparaître ou à être diluée, fière de son passé et de sa résilience. Mais quant tout se ligue contre vous, n’est-ce pas le signe qu’il est temps de déposer les armes ? Babs n’est peut être pas tout à fait d’accord !
Flammarion – 22.50 euros | Lu et conseillé par David
Le roi des cendres - S.A COSBY

La famille Carruthers n'est pas épargnée par le destin. Après la disparition inexpliquée de la mère au début des années 2000, c'est à présent le père qui a eu un étrange accident et qui l'a plongé dans un coma profond. Ce dernier était le patriarche d'une entreprise de crémation et ce sont donc ses deux enfants, Niveah et Dante qui doivent s'occuper de ses affaires. A vrai dire c'est surtout Niveah qui s'y emploie car Dante est plutôt du genre à trainer et profiter de la vie. Le troisième enfant de la famille, Roman, est de retour pour se rendre au chevet de son père. Ce dernier est devenu un homme d'affaire en pleine réussite, spécialisé dans l'optimisation fiscale et financière de ses (très) riches clients.
Son retour tombe à point nommé car il va devoir faire preuve de tout son savoir faire de fin négociateur : son frère Dante doit rendre des comptes aux chefs du principal gang de la localité ; une chose est certaine : ces derniers ne font pas de sentiment et surtout lorsqu'il est question d'argent...
Un roman noir ultra efficace, à la trame classique qui bénéficie d'un S.A Cosby aux manettes, un auteur qui maîtrise l'art de créer des personnages charismatiques, de camper une atmosphère oppressante qui va aller crescendo jusqu'au dénouement.
LE polar de la rentrée!🙏
Sonatine - 23.50 euros | Lu et conseillé par David
Science-fiction et Fantasy
Demain les origines – Christian CHAVASSIEUX

Roman d’anticipation, « Demain les origines » nous décrit un monde futur tout à fait plausible. Sensé se dérouler dans la deuxième partie du 21ème siècle, des éléments peuvent nous paraître déjà assez installés. Des partis politiques extrémistes, des situations économique et écologique préoccupantes, des crises qui s’enchaînent, de gigantesques incendies... Et au milieu de tout cela des citoyens qui tentent de survivre dans un environnement (physique et spirituel) plus que dégradé.
Le roman est découpé en plusieurs partie, avec chaque fois un personnage centrale qui doit composer avec les aléas entraînés par l'étât pré-cataclysmique du monde. On retrouve aussi un homme politique de l’est extrêmiste (tiens, tiens…), des guerres de religion 2.0, mais aussi tout un pan accès sur la technologie et la recherche biologique qui font basculer le roman dans l’univers de la science-fiction. Mais là aussi une science-fiction teintée de réalisme : il sera question d’êtres hybrides, de manipulations génétiques, et qui nous dit que ce genre de pratique n’est pas déjà à l’œuvre dans un labo chinois ou dans un centre de recherche des pays du Golf ou d’ailleurs ?
Un grand roman qui aborde des sujets glaçants, d’un réalisme et d’une lucidité qui donnent des sueurs froides. Et une dernière partie qui laisse à penser que l’univers du livre, pourrait être une oasis, bien impuissante mais ayant le mérite d’exister, dans un monde en totale déliquescence. Comme un dernier refuge…
Mnémos – 25 euros | Lu et conseillé par David
Sciences humaines et sociales
France Fiction - Yann BOUVIER, Collectif

Vos professeur.e.s d'histoire vous ont menti. Charles Martel n'a pas sauvé la France d'une invasion arabe. Catherine de Médicis n'était pas une reine sanglante. Les couleurs du drapeau tricolore ne sont pas celle du roi encadrée par celles du peuple. En 1914, les soldats ne sont pas partis la fleur au fusil. Comment toutes ces idées sont apparues ? Pourquoi les a-t-on enseigné ? Sous la direction de Yann Bouvier, plus d'une vingtaine d'historien.ne.s se posent la question de la véracité et de l'enjeu de ces idées reçues. Ils vous y expliquent la part plus ou moins grande de vérité, et surtout comment ces idées se sont diffusées : toutes sont politiques, et n'ont pas été inventées innocemment. Qu'est-ce-que ces histoires nous racontent des différentes époques, du travail des historiens, de la récupération politique et de notre appréhension actuelle du passé ?
Dans une démarche historique rigoureuse et accessible, découvrez 27 chapitres à lire de manière indépendante et dans l'ordre. Ils vous permettront de (ré)apprendre l'histoire de France par le biais de ses mythes fondateurs.
First Editions - 22.95 euros | Lu et conseillé par Perrine
Folcoche - Emilie LANEZ

La journaliste Émilie Lanez nous offre une enquête qui dévoile les mensonges et le passé de délinquant et surtout de mythomane d’Hervé Bazin, pourtant devenu l’un des auteurs français les plus en vue pendant des décennies.
Archétype de la mauvaise mère, la femme décrite dans le roman "Folcoche" paru en 1948 semble être la victime d’une vengeance littéraire, ourdie par un fils rageur, menteur, dont les turpitudes, pourtant relevées par la presse, ont été soigneusement passés sous silence. Il reste aujourd'hui un roman vendu à des centaines de milliers d'exemplaires, lu et étudié par des générations de collégiens s'offusquant de la méchanceté d'une telle génitrice et découvrant comment l'auteur, forgé à l'école de la haine, trouvera dans cette adversité, la force de grandir et le courage de partir pour fuir un tel dragon.
Ce succès a fait d’Hervé Bazin un auteur incontournable – il présidera l’académie Goncourt de 1973 à sa mort, en 1996.
Emilie Lanez cherche patiemment comment la légende destructrice a pu se mettre en place, détruisant la réputation d’une femme et même d’une partie de la famille Bazin.
En effet, cet écrivain célèbre qui a bâti son succès sur un drame familial vécu, le roman étant présenté comme une autobiographie, serait un « faussaire ».
Sa jeunesse particulièrement mouvementée, les vols, les séjours en hôpital psychiatriques tout a été effacé.
« Aussi fou que cela puisse paraître, ni les deux procès, ni les quatre internements, ni les quatre années de prison n’ont calmé Jean. »
L'autrice nous donne à voir un personnage fascinant : ses secrets et ses mensonges, pourtant à peine dissimulés pour qui se penche un peu sur les journaux de l'époque, sont à l'origine d'un des plus grands personnages littéraires du XXème siècle. Peut-on imaginer les tourments d'une mère face aux reproches et aux accusations d'un fils à qui le succès offre un blanchiment et une parole de vérité? Quel poids auraient eu ses dénégations si elle avait osé en faire?
Le roman vrai d'un féminicide littéraire.
Grasset - 19 euros | Lu et conseillé par Valérie

















